« Bonjour, c'est pour parrainer 'le facteur' »
À la Ligue communiste révolutionnaire - 3 000 militants pour toute la France - la chasse au parrainage est un éprouvant marathon qui se termine au sprint. Dès le printemps dernier, le mouvement d'extrême gauche a mis en place son dispositif. Cible visée : les maires des petites communes, moins d'un millier d'habitants. Pourquoi les petites ? « Parce que dans les grandes, les maires sont souvent encartés dans des partis politiques et il est très difficile d'obtenir leur parrainage », explique François Sabado, membre du bureau politique et grand ordonnateur de la collecte.
Élus de gauche de droite et du centre
En se basant sur la liste des maires de France (36 000) téléchargée sur Internet, 15 000 noms ont été sélectionnés. Découpage géographique, calendrier... Tous, l'un après l'autre, reçoivent la visite de deux militants ou sympathisants, envoyés soit par la section la plus proche, soit par la Direction, à Paris. Un fastidieux travail de porte à porte, comme pour vendre des aspirateurs ou des abonnements au câble. « On évite d'y aller le week-end, pour ne pas empiéter sur leur vie de famille. Les gars doivent donc prendre des congés en semaine », raconte Alain Krivine qui, à défaut d'être candidat, joue toujours un rôle actif dans le mouvement.
Les rendez-vous pris par téléphone sont rares. La plupart du temps, le militant va tirer la sonnette à la mairie ou au domicile de l'élu, trouvé dans l'annuaire du téléphone. Une fois sur deux, celui-ci est absent, il faut revenir. « On ne se fait jamais mal accueillir, même si le maire est d'un bord politique complètement différent. Dans le pire des cas, on nous dit « non » tout de suite, et l'entretien s'arrête là. Mais en général, il y a discussion. Cela prend du temps et diminue le nombre de visites, entre 6 et 10 en une journée », précise François Sabado.
Gauche, droite, centre... À la Ligue, on ratisse large, avec quand même une préférence pour les « divers gauche ». L'argument de vente ? « Cette présidentielle est-elle possible sans Olivier Besancenot · Non, alors parrainez-le ! » Et cela marche ? « Sur 12 000 maires visités, 410 ont signé une promesse. Et environ un millier hésitent et disent : 'S'il vous en manque au dernier moment, revenez me voir'. » Pour certains élus, quatre ou cinq visites sont nécessaires. Tous répugnent à s'engager, craignant qu'on prenne cette caution administrative pour un soutien politique. « Ils nous répondent : je ne veux pas avoir de problème, je ne parraine personne. » Et puis, dans les campagnes, « Ligue communiste révolutionnaire », ça fait un peu peur. Le mouvement trotskiste en est bien conscient et joue à fond sur l'image sympathique d'Olivier Besancenot. « Quand on leur dit que c'est pour le « facteur », cela passe mieux », avoue François Sabado.
Une fois obtenue, la précieuse promesse est envoyée au siège de la Ligue, à Montreuil, en banlieue parisienne. Là, dans un immeuble anonyme et un peu crasseux, situé au milieu d'une impasse, elle est saisie sur ordinateur et consignée dans une armoire métallique bien fermée. Jusqu'au moment où on la ressortira, le 23 février, pour la transformer en engagement ferme.
Ardue, cette collecte 2007 ? Ce n'est pas la multiplicité des candidatures de la gauche radicale - Bové compris - qui gêne le plus, affirme-t-on à la LCR, mais l'attitude des élus membres du Parti socialiste. « Ils ont reçu la consigne très stricte de ne donner aucun parrainage et ils la respectent », regrette François Sabado. Malgré tout, le militant garde confiance. « Pour être tranquille, il nous faut 600 promesses. On les aura ! »