Mme Rice s'engage pour un règlement du conflit israélo-palestinien
Tous les observateurs ne sont pas convaincus. "Le règlement du conflit israélo-palestinien ou le Saint Graal de la politique étrangère américaine ! s'esclaffe un néoconservateur. Mais Condi n'a pas plus de crédibilité chez les Israéliens que chez les Palestiniens !"
Sauf coup de théâtre, Condoleezza Rice, secrétaire d'Etat d'une administration largement désengagée du conflit depuis des années, doit tenir, lundi 19 février à Jérusalem, le premier sommet israélo-palestinien de négociations en six ans. C'est peu dire qu'elle n'arrive pas en position de force. "Ses chances de succès ont plongé plus bas que la mer Morte", résume David Makovsky, un expert du Washington Institute for Near East Policy, dans le New York Times. Mais paradoxalement, ajoute-t-il, "c'est ce qui pourrait l'aider".
L'étoile de Mme Rice a pâli et précisément à cause de cette région et de la guerre de l'été entre Israël et le Hezbollah. Elle a laissé faire le gouvernement israélien d'Ehoud Olmert. Elle a vu dans le conflit "les affres de l'enfantement" du nouveau Moyen-Orient. Depuis, la presse a cessé de s'emballer pour "Condi", son goût pour le football américain et sa possible candidature à la présidence. Début décembre 2006, le rapport Baker-Hamilton sur l'Irak a souligné l'absence de la diplomatie américaine dans la région. A deux ans de la fin de l'administration Bush, son ministère s'est déjà dépeuplé. "Il y a beaucoup de chaises vides au département d'Etat", souligne Kenneth Timmerman, auteur d'un livre sur le "compte à rebours" qui attendrait l'Iran. "Elle, elle est loyale, c'est déjà cela."
Condoleezza Rice n'a jamais fait du conflit israélo-palestinien une priorité dont l'importance était jugée par elle "exagérée". Elle y voyait même, se souvient l'un de ses interlocuteurs, "un prétexte pour empêcher le mouvement". L'aggravation de la situation en Irak l'a forcée à rechercher des soutiens. Pendant sa dernière tournée dans la région, de l'Egypte au Koweït, elle a entendu le même message. "Du côté américain, le discours était : parlons de l'Irak, l'Irak, l'Irak. De l'autre côté, c'était : d'accord mais Israël-Palestine, Israël-Palestine", décrit Daniel Lévy, un ancien conseiller d'Ehoud Barak qui a participé aux dernières négociations israélo-palestiniennes, il y a 6 ans, à Taba, en Egypte.
"RÉALIGNER LA RÉGION"
Selon le New York Times, le plan qui doit être à l'ordre du jour de la réunion de lundi avec Ehoud Olmert et Mahmoud Abbas a été élaboré par Mme Rice et son homologue israélienne, Tzipi Livni, il y a deux mois lors d'un tête-à-tête dans l'appartement de la secrétaire d'Etat à Washington. Au lieu de procéder comme par le passé par petits pas, les deux ministres ont imaginé de passer directement à une approche du tableau d'ensemble. "Dans le langage de Rice, il y a des choses nouvelles. Non seulement elle parle d'horizon politique, mais elle évoque de manière explicite les négociations sur un statut permanent", indique Daniel Lévy.
L'accord de gouvernement interpalestinien de la Mecque a "compliqué la situation", a dit la secrétaire d'Etat à quelques journalistes américains à la veille de son départ. "Mais au Proche-Orient, si on attendait que les circonstances soient parfaites, on ne prendrait jamais l'avion".
Les Américains ont toutes les raisons d'être mécontents d'un accord qui ne correspond pas franchement à leur politique d'isolement du Hamas. Mais l'administration a fait preuve de prudence dans ses réactions et pris soin de féliciter l'Arabie saoudite pour sa médiation. "Au moment où les Etats-Unis ont besoin de l'Arabie saoudite pour "réaligner la région", comme l'a dit Rice, il leur est difficile d'aliéner les Saoudiens", explique l'ancien négociateur Robert Malley, interrogé par le Council on Foreign Relations. "Condoleezza s'est personnellement investie. Si elle renonce aux Palestiniens, à cause de la forme de leur gouvernement, il n'y a plus d'initiative possible."
"Condi" est-elle assez forte pour reprendre l'ouvrage là ou Bill Clinton l'avait laissé ? Pour Daniel Lévy, elle va devoir affronter l'hostilité du clan du vice-président Dick Cheney et du responsable du Proche-Orient à la Maison Blanche, Elliott Abrams, l'un des derniers néoconservateurs encore en place. "Mais elle vient de montrer avec l'accord sur la Corée du Nord qu'elle a la capacité d'obtenir des résultats", dit-il Selon la presse, le département d'Etat a procédé à des manoeuvres savantes pour contourner le bureau du vice-président sur le dossier coréen. De l'avis d'un diplomate européen, Mme Rice est d'ailleurs beaucoup moins affaiblie qu'on ne le dit. "Parmi beaucoup de gens faibles, elle est la plus forte."
Préparatifs d'avant-sommet à Jérusalem
La secrétaire d'Etat Condoleezza Rice a quitté Washington, vendredi 16 février, pour Israël. Elle devait rencontrer, samedi soir à Jérusalem, son homologue, Tzipi Livni. Dimanche, elle devait ensuite s'entretenir avec le premier ministre israélien, Ehoud Olmert, puis avec le chef de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, respectivement à Jérusalem puis à Ramallah.
Le sommet prévu lundi doit se tenir dans un grand hôtel de Jérusalem, selon les médias israéliens, qui ont émis de sérieux doutes sur les résultats de cette initiative américaine.