Parfois la violence a du bon
Dans la soirée du 4 Février 1994, les pêcheurs bretons manifestent à Rennes contre Edouard Balladur, alors Premier ministre. Quelques jours avant, ils ont saccagé une partie des halles de Rungis. Les rares aides du gouvernement, l'ouverture du marché aux concurents européens: ils craquent.
A Rennes, ils jettent des pavés dans les vitrines, incendient une barricade, lancent des fusées de détresse... En pleine nuit le Parlement de Bretagne, édifice historique s'embrase. Deux pompiers brûlées. Un tas de ruines fumantes. Les coupable ? Personne dit Dame Justice. Non - lieu. Facture pour l'Etat: 53 millions d'euros, une paille. A l'époque, Nicolas Sarkozy est ministre du budget...
Et c'est le même Sarko qui, il y a 15 jours, à Lorient, pour complaire aux pêcheurs du coin, s'est lancé dans cette vibrante justification de la violence: " Chez les marins, on ne fraude pas, on ne triche pas. Ici, quand on manifeste, quand on a recours à la violence, ce n'est jamais pour se distraire, ce n'est jamais pour nuire à autrui, c'est parce qu'on est désespéré, c'est parce qu'on n'a plus de recours et qu'on se ssent condamné à la mort économique et à la mort sociale."
Voila un bel encouragement à la castagne ! Vive les incendies, même involontaires, du moment qu'ils sont désespérés. Vive le vandalisme, du moment que les vandales ont de bonnes excuses. Messieurs les pêcheurs, messieurs les agriculteurs, vous qui êtes coutumiers des attaques contre les préfectures et autres édifices publics, veuillez ne pas modifier vos habitudes: c'est un anciens ministre de l'Intérieur qui vous le dit. Préfets de France et de Navarre, soyez intraitables avec ceux qui resquillent dans le métro, mais laissez faire nos travailleurs ( et bons électeurs) en colère.
Claude Guéant, l'actuel directeur de campagne de Sarkozy, avait d'ailleurs donné l'exemple: lorsque, en octobre 2001, à l'appel de la très chiraquienne FNSEA, deux cents éleveurs avaient saccagé deux entrepôts de viande à Fougères, faisant 10 millions d'euros de dégâts, il était préfet d'Ille -et- Vilaine. Et, plutôt que de s'en prendre aux commandos d'éleveurs, il avait fait rembourser les dégats par l'Etat !
En politique, les rapports de forces, il n'y a que ça de vrai.